Quand on ne s’accepte pas soi-même…
« Nous étions assis sur le rivage du monde » est le titre de la pièce de l’auteur José Pliya (né au Bénin en 1966), le terrain de jeu d’une profonde étude sur le problème de l’identité individuelle, de l’acceptation personnelle et de la recherche d’une conception propre de l’humanité. Plus que l’orientation dramatique de la pièce et d’une intention représentationnelle, le ouvre de Pliya n’est pas un exercice de style, mais un appel à la conscience du lecteur. Est-ce que nous sommes libres de culpabilité si nous sommes comme les autres personnes ? Comme tous ? Comme les règles sociales l’exigent ? Les mouches aiment la merde… cela veut dire que la merde est bonne ?
Est-ce que l’identité sociale peut changer l’identité individuelle ?
Si je prends le risque de donner une réponse, ce sera « oui ». La société peut conditionner, changer et déterminer la personne. Cela est aussi, sans doute, la position de l’auteur dans la pièce. Une femme arrive sur le Rivage du monde, la plage de son enfance, pour pique-niquer avec ses amis. Mais là, sur cette plage, en attendent ses amis, elle trouve un homme qui lui a dit qu’elle ne peut pas entrer sur sa plage, qu’elle ne peut pas nager, qu’il ne veut pas lui donner ni de l’eau ni une cigarette et qui finalement la gifle. Elle est noire. Lui aussi. Elle lui demande quels sont les motifs de cette violence, de son agressivité. Quelle est la réponse de l’homme ? « Vous n’avez pas la bonne couleur de peau. Elle n’est pas appropriée. Elle n’est pas réglementaire. Elle n’est pas homologuée pour circuler librement sur le rivage du monde (p99)». Peut-être, la situation est-elle très ordinaire si une personne blanche dit cela à une personne noire. Mais, c’est une personne noire qui attaque sa propre couleur de peau. Il a absorbé la position raciste que pendant l’histoire, l’homme blanc a prise, a exploité. Il refuse les droits de sa propre identité. C’est la conception la plus dramatique possible. Il a assimilé une idée agressive contre son intégrité.
L’homme de la pièce est le produit de l’activité colonisatrice que les civilisations occidentales ont eu pendant beaucoup de siècles. Mais, il y a encore un point déterminant dans la pièce qui aggrave la position de l’homme. Derrière sa violence, l’homme admet sentir du désir pour la femme et il finira par la supplier qu’elle ne s’en aille pas. « Je voulais vous dire… Vous m’avez frappé… Vous m’avez frappé et j’ai ressenti… J’ai ressenti… du désir… (p108)» Ici, on se trouve dans le conflit entre deux sentiments contraire. L’amour porte la conséquence de la violence comme mécanisme de défense personnel. Aimer quelqu’un veut dire qu’on lasse ouverte son intimité. C’est pour ça que l’amour est normalement une thématique tabou. On peut le voir comme un adolescent qui aime une fille ne veut pas l’admettre en face de ses amis et il est agressif avec cette fille. C’est stupide, mais c’est une situation très normale. On peut trouver un exemple plus professionnel dans le film d’Alain Resnais « Hiroshima mon amour ». Dans ce film l’amour s’identifie avec la violence, le désir avec la peur, le sexe avec la douleur.
Il y a deux films particulièrement très intéressants dans ce contexte. Le premier est « American Beauty ». Il y a un ex-marin très politiquement conservateur qui pense que son fils est homosexuel et qui lui parle très agressivement. Finalement on comprend qu’il est gay mais qu’il ne s’accepte pas. L’autre film est « La liste de Schindler » dans lequel il y a un exemple similaire. Il y a un militaire nazi qui a un comportement très violent, mais qui a du désir pour une femme juive.
Qu’est-ce que on peut dire en face de cette situation ?
Là est la question. D’une perspective occidentale progressiste il semble incroyable de voir comme les noirs critiquent les possibilités de développement social de leur race, comme les homosexuels attaquent toutes les choses avec un minime de relation avec l’homosexualité. Il y a beaucoup d’auteurs de théâtre, de cinéma, d’écrivains ou de musiciens qui ont traité de la nécessité d’accepter les autres et, encore plus important, de s’accepter. C’est la morale de Steven Spielberg dans « La liste de Schindler», de Sam Mendes dans « American Beauty » et bien sûr, de José Pliya dans « Nous étions assis sur le Rivage du monde ». On part de ce point : l’acceptation parle de l’impossibilité d’être correct en face la société si on n’est pas correct avec-soi-même. Mais, il ne veut pas dire que c’est fini ici. La politique n’est pas libre de responsabilité. En plus, la politique adoptée pour le gouvernement est, en partie, la cause d’une évolution ou d’une régression des perspectives particulières. Un bon gouvernement peut être fantastique pour la société, donc la classe politique est oubliée d’administrer et conduire chaque problème social a niveau national quand il porte de la discrimination contre un groupe social.
Pliya, José. « Nous étions assis sur le rivage du monde » Quatre Vents. Deuxième édition août 2007.